En 1967, une équipe scandinave invente la charge glucidique, trois jours à vider ses muscles puis trois jours à les remplir. Vous connaissez sûrement ce régime dissocié, ou la version express de la charge, le grand plat de pâtes de la veille. La recherche a simplifié la méthode depuis longtemps. Elle a aussi déplacé la difficulté de la privation vers la quantité, car beaucoup de coureurs ne mangent pas assez.
1967 : vider pour mieux remplir
Le glycogène est la forme sous laquelle vos muscles stockent les glucides. C’est un carburant limité, celui qui s’épuise quand l’effort dure. Jonas Bergström et ses collègues veulent savoir si l’assiette peut agrandir ce réservoir. Neuf étudiants en éducation physique pédalent jusqu’à l’épuisement, à 75% de leur capacité maximale, après trois régimes différents.
Après trois jours de gras et de protéines, leur stock de glycogène tombe à 0,63g pour 100g de muscle, et ils tiennent 37 minutes. Leur alimentation habituelle donne 1,75g et 114 minutes. Après trois jours riches en glucides, le stock monte à 3,31g, pour 167 minutes d’effort. Le réservoir a presque doublé, et ils pédalent près d’une heure de plus.
De là naît le régime dissocié scandinave. Une séance longue vide les muscles, trois jours presque sans glucides suivent, puis trois jours de pâtes et de riz. L’idée était qu’un muscle affamé stockerait davantage. Sur le terrain, la phase de privation coûte cher. La nutritionniste du sport Kathleen Deegan cite la fatigue, l’irritabilité, les séances impossibles à terminer et davantage de blessures.
1981 : le même plein, sans la privation
Quatorze ans plus tard, Sherman, Costill et leurs collègues comparent trois préparations à une course de 20,9km, chez des coureurs entraînés. Le régime dissocié enchaîne trois jours pauvres en glucides et trois jours riches. La version sans privation remplace les jours pauvres par trois jours d’alimentation ordinaire. La troisième préparation garde l’alimentation ordinaire pendant six jours. Dans les trois cas, l’entraînement diminue jour après jour, de 90 minutes à 20 minutes.
Les biopsies, de petits prélèvements de muscle, tranchent. Les deux charges remplissent le muscle d’environ 30% de plus que l’alimentation ordinaire, et presque autant l’une que l’autre. La phase de privation n’apporte rien de plus.
Cette étude livre une seconde leçon, moins connue. Sur 20,9km, le chrono a été le même dans les trois cas : la charge sert les efforts plus longs.
2002 : un jour pour faire le plein
En Australie, Vanessa Bussau et ses collègues raccourcissent encore le protocole. Huit athlètes d’endurance mangent 10g de glucides par kilo de poids et par jour, au repos. Après une seule journée, leur glycogène a presque doublé. Deux jours de plus n’y ajoutent rien.
Ces travaux ont fixé le repère actuel. La position commune de l’American College of Sports Medicine et des diététiciens américains et canadiens (2016) recommande 10 à 12g de glucides par kilo et par jour, pendant 36 à 48 heures, avant les épreuves de plus de 90 minutes. Ma page Running retient une marche un peu plus basse, 8 à 10g sur les 48 dernières heures. Les deux repères se rejoignent à 10g.
La barre des 90 minutes
La charge glucidique sert les efforts longs. Selon la revue de John Hawley et ses collègues (1997), au-delà de 90 minutes, elle peut retarder la fatigue jusqu’à 20%. Entre 60 et 90 minutes, l’effet est quasi nul et votre alimentation d’entraînement suffit.
Sur route, le marathon est son terrain. Pour un semi, la question se pose si vous courez plus de 90 minutes, et mes conseils nutrition pour le semi-marathon détaillent la préparation. Pour un 10km, elle ne se pose pas. L’article sur l’importance du glycogène explique comment ce réservoir se vide, et celui sur le mur du marathon raconte ce qui se passe quand il est à sec.
En trail, un ultra ou une course comme la SaintéLyon dépassent largement ce seuil. À vélo, la page Cyclisme rappelle que le glycogène se consume sur des sorties de deux à six heures. L’étude de 1967 avait d’ailleurs été menée sur un vélo de laboratoire. En triathlon, partir avec des réserves basses arrive en tête des erreurs listées sur la page Triathlon. La charge concerne d’abord le 70.3, ou demi-Ironman, et l’Ironman.
Le plat de pâtes ne fait pas le compte
En 2009, une équipe britannique interroge 257 coureurs du marathon de Londres, 4h34 de course en moyenne, sur ce qu’ils ont mangé la veille (Atkinson et coll., 2011). Parmi eux, 68% disent suivre une alimentation riche en glucides. La moyenne du groupe s’établit à 5g par kilo.
Ceux qui dépassaient 7g par kilo ont couru plus vite et mieux tenu leur allure, à sexe, corpulence et entraînement comparables. C’est une étude d’observation. Elle montre un lien, pas une preuve de cause à effet.
Sur une course de 24 heures en Écosse, le manque se retrouve : 4g par kilo et par jour en moyenne les deux jours d’avant, et trois coureurs sur seize à 5g ou plus (Kinrade et Galloway, 2021).
Pour un coureur de 70kg, 10g par kilo font 700g de glucides par jour. C’est environ 2,4kg de pâtes cuites, d’après la table de composition Ciqual.
Impossible à caser en deux repas.
Remplir le réservoir sans charger l’estomac
Premier geste : moins de fibres les deux derniers jours. Pain blanc, riz blanc, pâtes, fruits sans la peau, compotes. Un repas riche en fibres figure parmi les facteurs de troubles digestifs à l’effort. Les personnes sensibles aux FODMAP, des glucides qui fermentent dans l’intestin (présents dans l’oignon, l’ail, les légumineuses et certains fruits), gagnent à les limiter ces jours-là.
Deuxième geste : boire une partie de vos glucides. L’université Monash, qui a mis au point l’approche FODMAP, publie sur son site le guide d’une diététicienne du sport. La diététicienne y présente la maltodextrine diluée dans l’eau, un glucide tiré de l’amidon, comme une excellente option pour la charge glucidique. Une dose de ma boisson de l’effort dans 500ml d’eau apporte 35g de glucides, issus de maltodextrine de maïs, de saccharose (le sucre de table) et de fructose. Xavier la trouve « pas trop sucrée » dans son avis vérifié du 11/09/2026, un détail qui compte quand on enchaîne les bidons.
Pour boire une partie de votre charge
Boisson de l’effort Mulebar agrumes
35g de glucides et 300mg de sodium par dose de 40g, dans 500ml d’eau. Existe en dose ou en sachet de 600g, et aux fruits rouges.
Troisième geste : répartir. Trois repas et deux ou trois collations passent mieux que deux assiettes géantes. Une compote énergétique à la banane apporte 34g de glucides et moins d’un gramme de fibres. Elle se glisse facilement entre deux repas.
Les femmes aussi, au gramme près
En 1995, Mark Tarnopolsky et ses collègues observent que des sportives d’endurance ne stockent pas plus de glycogène quand la part des glucides dans leur assiette monte à 75%, contre 55 à 60% d’ordinaire. Les hommes, si. L’équipe trouve l’explication en 2001 : les femmes mangeaient moins au total. Quand elles mangent davantage, leur glycogène monte.
La même année, en Australie, l’équipe d’A. P. James donne aux sportives et aux sportifs une dose rapportée à leur masse maigre, c’est-à-dire leur poids sans la graisse, soit 12g de glucides par kilo de masse maigre pendant trois jours. Les femmes stockent autant que les hommes, avant comme après leurs règles. Comptez donc en grammes par kilo, pas en part de l’assiette, et mangez davantage au total pendant les jours de charge. Mon article sur la nutrition sportive des femmes élargit le sujet.
La répétition générale
Rien de nouveau le jour J, et la règle vaut pour les 48 heures d’avant. Faites une charge d’essai avant une sortie longue de préparation, avec les aliments, les quantités et les horaires prévus. Notez ensuite votre confort digestif de 0 à 10, comme le propose mon guide complet du gut training, l’entraînement du système digestif à l’effort.
Le matin de la course, gardez le petit-déjeuner, léger, deux à trois heures avant le départ. Le glycogène du foie, celui qui maintient votre taux de sucre dans le sang, ne semble pas se surcharger comme celui des muscles (Gonzalez et coll., 2016). La charge des jours d’avant ne remplace donc pas ce repas.
Pendant la course, le guide du gut training donne un repère d’environ 60g de glucides par heure entre deux et trois heures d’effort. Le bouchon refermable du gel énergétique permet de le prendre en trois fois. Pour l’eau, l’article sur l’hydratation au marathon détaille le plan avant, pendant et après.
Pour chiffrer votre propre course, l’application diagnostic fait le calcul en deux minutes, à partir de votre sport, de votre durée d’effort, de votre digestion et de vos goûts.
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En 1967, il fallait affamer ses muscles pour les remplir. La recherche demande aujourd’hui une discipline plus simple et qui a du sens : deux jours à table, pour arriver sur la ligne le réservoir plein.
Sources
- Bergström J., Hermansen L., Hultman E., Saltin B., « Diet, muscle glycogen and physical performance », Acta Physiologica Scandinavica, vol. 71, p. 140-150, 1967. Durées tirées du texte des résultats. Texte consulté le 03/11/2026 : https://eclass-b.uoa.gr/modules/document/file.php/PHED392/Bergstrom_et_al-1967-Acta_Physiologica.pdf
- Deegan K., « Optimizing glycogen storage: how effective is “carbo loading”? », Sacramento Running Association, 11/06/2015. Consulté le 03/11/2026 : https://runsra.org/optimizing-glycogen-storage/
- Sherman W. M., Costill D. L., Fink W. J., Miller J. M., « Effect of exercise-diet manipulation on muscle glycogen and its subsequent utilization during performance », International Journal of Sports Medicine, vol. 2, n° 2, p. 114-118, 1981. Notice consultée le 03/11/2026 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7333741/
- Bussau V. A., Fairchild T. J., Rao A., Steele P., Fournier P. A., « Carbohydrate loading in human muscle: an improved 1 day protocol », European Journal of Applied Physiology, vol. 87, p. 290-295, 2002. Notice consultée le 03/11/2026 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12111292/
- Thomas D. T., Erdman K. A., Burke L. M., « Position of the Academy of Nutrition and Dietetics, Dietitians of Canada, and the American College of Sports Medicine: Nutrition and Athletic Performance », Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, vol. 116, n° 3, p. 501-528, 2016 : 10 à 12g de glucides par kilo et par jour pendant 36 à 48 heures avant les épreuves de plus de 90 minutes. Notice consultée le 03/11/2026 : https://acuresearchbank.acu.edu.au/item/880yy/position-of-the-academy-of-nutrition-and-dietetics-dietitians-of-canada-and-the-american-college-of-sports-medicine-nutrition-and-athletic-performance
- Gonzalez J. T., Fuchs C. J., Betts J. A., van Loon L. J. C., « Liver glycogen metabolism during and after prolonged endurance-type exercise », American Journal of Physiology, Endocrinology and Metabolism, vol. 311, p. E543-E553, 2016. Notice consultée le 03/11/2026 : https://acuresearchbank.acu.edu.au/item/88472/liver-glycogen-metabolism-during-and-after-prolonged-endurance-type-exercise
- Hawley J. A., Schabort E. J., Noakes T. D., Dennis S. C., « Carbohydrate-loading and exercise performance: an update », Sports Medicine, vol. 24, p. 73-81, 1997. Résumé consulté le 03/11/2026 : https://coachsci.sdsu.edu/csa/vol53/hawley1.htm
- Atkinson G., Taylor C. E., Morgan N., Ormond L. R., Wallis G. A., « Pre-race dietary carbohydrate intake can independently influence sub-elite marathon running performance », International Journal of Sports Medicine, vol. 32, n° 8, p. 611-617, 2011 (temps moyen de 273,8 minutes). Notice consultée le 03/11/2026 : https://research.tees.ac.uk/en/publications/pre-race-dietary-carbohydrate-intake-can-independently-influence-/ ; moyenne de 5g par kilo et 68% de coureurs déclarant une alimentation riche en glucides, cités par Kinrade et Galloway (2021, ci-dessous).
- Kinrade E. J., Galloway S. D. R., « Dietary observations of ultra-endurance runners in preparation for and during a continuous 24-h event », Frontiers in Physiology, vol. 12, 24/11/2021. Consulté le 03/11/2026 : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fphys.2021.765888/full
- Tarnopolsky M. A. et coll., « Carbohydrate loading and metabolism during exercise in men and women », Journal of Applied Physiology, vol. 78, p. 1360-1368, 1995 (notice : https://www.bisp-surf.de/Record/PU199506101587), et « Gender differences in carbohydrate loading are related to energy intake », Journal of Applied Physiology, vol. 91, n° 1, p. 225-230, 2001. Notice consultée le 03/11/2026 : https://sponet.de/sponet/Record/4005879
- James A. P., Lorraine M., Cullen D., Goodman C., Dawson B., Palmer T. N., Fournier P. A., « Muscle glycogen supercompensation: absence of a gender-related difference », European Journal of Applied Physiology, vol. 85, p. 533-538, 2001. Notice consultée le 03/11/2026 : https://research-repository.uwa.edu.au/en/publications/muscle-glycogen-supercompensation-absence-of-a-gender-related-dif/
- D’Elia M., « Low FODMAP sports fuelling guide », Monash University FODMAP, 16/09/2026. Consulté le 03/11/2026 : https://monashfodmap.com/blog/low-fodmap-sports-fuelling-guide/
- Table de composition nutritionnelle Ciqual (Anses), pâtes alimentaires cuites : 29,7g de glucides pour 100g, relevé le 03/11/2026 via https://informationsnutritionnelles.fr/pates-alimentaires-cuites
- Fiches produits Mulebar relues le 03/11/2026 : boisson de l’effort agrumes (88,6g de glucides et 754mg de sodium pour 100g, soit 35g et 300mg par dose de 40g ; maltodextrine de maïs, saccharose, fructose), compote énergétique banane (34g de glucides par gourde de 65g, 0,9g de fibres pour 100g), gel énergétique cerise (bouchon refermable, prise en trois fois).
- Avis vérifié de Xavier D., 11/09/2026, Société des avis garantis, relevé le 03/11/2026 sur la fiche boisson de l’effort agrumes : https://www.societe-des-avis-garantis.fr/www-mulebar-com/
- Mulebar, « Conseils nutrition pour le semi-marathon » (24/02/2026) et « Quelle nutrition sportive pour les femmes ? » (10/12/2025) : https://mulebar.com/blogs/news/conseils-nutrition-pour-le-semi-marathon, https://mulebar.com/blogs/news/quelle-nutrition-sportive-pour-les-femmes
- Mulebar, pages Running, Cyclisme et Triathlon, relues le 03/11/2026 : 8 à 10g de glucides par kilo sur les 48 dernières heures, petit-déjeuner deux à trois heures avant le départ, glycogène consumé sur des sorties de deux à six heures, réserves basses en tête des erreurs du triathlon. https://mulebar.com/pages/nutrition-running-performance-bio-mulebar, https://mulebar.com/pages/nutrition-cyclisme-sans-chimie-mulebar, https://mulebar.com/pages/nutrition-triathlon-multi-distance-mulebar
- Mulebar, « Qu’est-ce que le gut training ? Guide complet », publié le 12/02/2026, mis à jour le 06/10/2026 : repas riche en fibres parmi les facteurs de troubles digestifs, FODMAP, note de confort de 0 à 10, 60g de glucides par heure entre deux et trois heures d’effort. https://mulebar.com/blogs/news/quest-ce-que-le-gut-training
- Mulebar, « L’importance du glycogène pour les sportifs » (26/11/2025) : environ 3g d’eau stockés avec chaque gramme de glycogène. https://mulebar.com/blogs/news/l-importance-du-glycogene-pour-les-sportifs