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Les 25 heures qui courent : la backyard de Clemquicourt expliquée, et quoi manger pour tenir

Illustration officielle des 25 heures qui courent : le chapiteau rose du camp au pied des montagnes des Pyrénées-Orientales

Grégoire Dandres |

En bref

Une backyard, c'est une boucle à boucler en moins d'une heure, puis un nouveau départ à l'heure pile, jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. Aux 25 heures qui courent, la course s'arrête au bout de 25 heures et 100% des recettes vont à l'association Rêves. Côté assiette, le bon réflexe tient en une phrase : une boucle, une ration, et un protocole à part pour la nuit.

Vous cherchiez la pire épreuve pour les têtes de mule ? N'allez pas plus loin : ça s'appelle une backyard, et c'est une dinguerie. À 15 heures pétantes, vendredi 6 novembre, quelque part dans les Pyrénées-Orientales, une « mini » backyard s'est lancée : les 25 heures qui courent. Cent partants, dont la gagnante de l'UTMB, le vainqueur de la Diagonale des Fous et le youtubeur le plus suivi de France. Mais reprenons tout depuis le début.

Une cloche, une boucle, et le dernier debout gagne

Le format est né en 2011 dans le Tennessee, chez Gary Cantrell, dit Lazarus Lake, l'inventeur de la Barkley. La course porte le nom de son chien, Big. La règle tient sur un ticket de caisse : une boucle de 6,706km (4,167 miles), un départ chaque heure, et il faut être dans le sas au coup de cloche. Vous bouclez en 50 minutes ? Vous avez dix minutes pour vous asseoir, boire, manger, puis la cloche sonne et vous repartez. Vous bouclez en 61 minutes ? C'est fini.

Pourquoi 6,706km ? Parce que vingt-quatre boucles font exactement 100 miles, soit 161km en 24 heures. Le format ne connaît ni distance d'arrivée ni ligne : il continue tant que deux coureurs restent en course. Le vainqueur est le dernier à terminer une boucle seul. Tous les autres, même après cent tours, sont classés abandon. Le dernier éliminé reçoit un titre à part, l'« assist », celui qui a poussé le vainqueur à faire un tour de plus.

Les chiffres donnent le vertige. En juin 2025, l'Australien Phil Gore a tenu 119 boucles, 797,9km, en près de cinq jours. Le 22 octobre 2026, au championnat du monde à Retie en Belgique, Merijn Geerts et Ivo Steyaert ont couru 124 heures côte à côte, 831,5km.

Infographie Mulebar : une backyard mode d'emploi, cadran d'une heure, boucle puis pause puis cloche, hors délai éliminé, absent au sas éliminé, dernier à boucler seul vainqueur
Une backyard, mode d’emploi.

Cent coureurs, un plafond de 25 heures et un lieu tenu secret

Clément Deffrenne, Clemquicourt pour ses plus de 700 000 abonnés Instagram, a gardé le principe et changé trois choses. D'abord la boucle : la presse spécialisée qui a eu le briefing de la veille annonce 5,7km et 150m de dénivelé positif, quand le site officiel affiche encore la boucle réglementaire de 6,706km. Dans tous les cas, vingt-cinq boucles font entre 143 et 168km, avec plus de 3 000m de montée cumulée.

Ensuite le plafond : la course s'arrête au bout de 25 heures, le temps d'un direct Twitch complet. Une vraie backyard n'a pas de fin ; celle-ci en a une, samedi vers 16h. Ce qui se passe si plusieurs coureurs bouclent la vingt-cinquième n'a pas été rendu public avant le départ. Enfin le plateau : 100 partants, moitié athlètes et créateurs, moitié membres de la communauté entrés par des « tickets d'or », tous soumis aux mêmes règles. Le lieu exact reste secret, quelque part dans les Pyrénées-Orientales, et les recettes vont intégralement à Rêves, l'association qui réalise les rêves d'enfants gravement malades. La cagnotte affichait 12 420€ une heure avant le départ.

Infographie Mulebar : backyard classique contre 25 heures qui courent, boucle, fin, vainqueur, plateau, et un départ chaque heure en commun
Backyard classique ou 25 heures qui courent : ce qui change.

La gagnante de l'UTMB face au youtubeur aux 27 millions d'abonnés

La liste mélange deux mondes qui ne se croisent jamais sur une ligne de départ. Côté élites : Blandine L'Hirondel (dossard 2), gagnante de l'UTMB 2026 et de la Diagonale des Fous 2025 ; Hugo Deck, vainqueur de la Diagonale des Fous le 16 octobre, trois semaines plus tôt ; Théo Detienne (dossard 1), vainqueur du 90km du Mont-Blanc 2025, donné favori par u-Trail ; Aurélien Sanchez (25), premier Français finisher de la Barkley, qui annonce vouloir « être le coureur qui va se reposer le moins possible » ; Stéphanie Gicquel (7), détentrice des records de France des 24 heures. Ludovic Pommeret (3) et Mathieu Blanchard (4) sont là aussi, l'un blessé au pied, l'autre opéré en septembre : Blanchard a inscrit « 1 » dans la case objectif de sa carte officielle.

Côté créateurs, chacun affiche un objectif chiffré sur sa carte du Bestiaire officiel. Zack Nani (21) vise huit boucles. Océane Andréa (65) onze, pour sa première backyard. Alban Pellegrin (16), 72 marathons en 72 jours en 2025, et Pablo Brimeux (49) visent vingt. Hugo Tout Seul (42) vingt-quatre. Olivier Maria (47), qui court en sandales, et Joggeuse (78) visent les vingt-cinq. Tibo InShape (13), 27 millions d'abonnés YouTube, a inscrit 69, ce qui dit tout de l'esprit de la fête. Domingo, blessé au pied, a déclaré forfait.

Twitch, un Race Center et une cagnotte qui grimpe

Tout passe par la chaîne Twitch de Clemquicourt, en direct depuis 13h59 vendredi et jusqu'à la dernière cloche. Le site officiel, les25hquicourent.fr, est construit comme le bureau d'un vieil ordinateur : on y ouvre le Race Center, qui suit la course boucle par boucle, le Bestiaire, où chaque participant a sa carte, et la cagnotte Rêves qui grimpe en direct. Stadion et u-Trail tiennent chacun un live écrit.

Un repère : la dixième boucle part à minuit, la vingtième à 10h samedi, la vingt-cinquième à 15h. Et regardez les temps de boucle plus que les visages : un coureur qui passe de 48 à 56 minutes a perdu huit minutes de pause, souvent le premier signe que l'estomac ou le sommeil a pris le dessus.

Le seul ultra qui laisse souffler l'estomac

Sur un ultra classique, l'estomac ne se repose jamais. Ici, il souffle dix à quinze minutes par heure, et cela change toute la stratégie. La vidange de l'estomac reste normale au repos et jusqu'à 60% de la consommation maximale d'oxygène ; elle ralentit nettement au-delà de 70%. Or une boucle de backyard se court à allure de footing. Pendant quarante-cinq minutes, l'estomac travaille presque comme à table ; pendant la pause, il travaille comme à table tout court.

Cette fenêtre a un prix. La nuit, les aliments solides quittent l'estomac 53,6% plus lentement que le matin, selon une étude de 1987. Le froid tombe au moment précis où le corps s'arrête : l'hypothermie menace d'abord celui qui est « blessé ou épuisé et incapable de poursuivre l'effort », écrit le consensus américain de médecine du sport de 2021, et un manque de sucre dans le sang coupe le frisson, la première défense contre le froid. Enfin, une sieste de plus de vingt minutes se paie environ 35 minutes d'inertie au réveil, le temps qu'une cloche ne vous laissera pas.

Le piège est donc double. Le jour, on mange trop à l'arrêt parce qu'on a le temps. La nuit, on ne mange plus parce que l'estomac se ferme, qu'il fait froid et qu'on dort debout. La position de la Société internationale de nutrition sportive sur l'ultramarathon, publiée en 2019, rappelle que les apports persistants sous 200kcal par heure « ne sont pas recommandés » et que 30 à 50g de glucides par heure constituent la cible réaliste au-delà de six heures d'effort. Sur une course de 24 heures, les amateurs à 40g par heure et plus couvraient plus de distance que les autres, les élites tournaient autour de 62g, et ces chiffres ne tiennent que si l'estomac a été entraîné à les recevoir pendant les sorties longues.

Une boucle, une ration : le plan heure par heure

Phil Gore, l'homme des 119 boucles, résume sa méthode en quatre chiffres par tour : 40g de glucides, 5g de protéines, 200 à 250kcal et 500mg de sodium. Courtney Dauwalter, gagnante de la backyard de Laz en 2020 avec 68 boucles, a tenu trois nuits en grignotant à chaque arrêt, purée, pierogis, pizza froide, et en dormant huit à dix minutes par boucle. Les deux disent la même chose : le format impose son rythme, autant s'en servir. Une heure, une ration, écrite à l'avance, parce qu'à la quinzième boucle la fatigue fait oublier de manger.

Voici la ration type que je retiendrais pour un coureur qui tourne en 45 à 50 minutes, à adapter à sa taille et à son estomac :

  • Pendant la boucle : un gel de 28g de glucides, pris en deux ou trois fois, avec 500ml d'eau légèrement salée. Ou un bidon de 500ml de boisson de l'effort, soit 35g de glucides, 146kcal et 0,75g de sel, l'équivalent d'environ 300mg de sodium.
  • À l'arrêt : une demi-compote ou une demi-barre, 11 à 17g de glucides de plus, de quoi arriver entre 45 et 50g pour l'heure et autour de 220kcal.
  • Toutes les trois boucles : une barre protéinée à l'arrêt, 10g de protéines, pour tenir les 5 à 10g par heure recommandés sur la durée.
  • Toutes les trois à quatre boucles : un vrai plat chaud à la place de la compote, purée, riz, soupe, ou une compote salée maison. C'est le rythme du ravitaillement chaud de la backyard de Dijon, jugé « plutôt sur un bon timing : on évite de trop manger » par un coureur qui y a bouclé 24 tours.
Infographie Mulebar : 25 boucles, 25 rations, la ration de chaque boucle de jour, de nuit et des dernières boucles, avec les repères 40 à 50g de glucides par heure, 450 à 750ml par heure, 500 à 700mg de sodium par litre
25 boucles, 25 rations : le plan heure par heure.

Liquide ou solide, tout dépend de votre pause. Aurélien Sanchez veut se reposer le moins possible : avec cinq minutes d'arrêt, tout passe en liquide pendant la boucle. Phil Gore court ses boucles de nuit en 39 à 42 minutes pour dormir quinze minutes : avec vingt minutes d'arrêt, le solide trouve sa place. Dans les deux cas, la règle du guide trail vaut : liquide en descente, solide en montée calme, de l'eau après chaque prise.

Deux garde-fous. Le gras et les fibres à l'arrêt ralentissent la vidange et préparent les nausées des boucles suivantes : la pizza froide de Courtney Dauwalter reste un plaisir de championne, pas un modèle pour une première backyard. Et prendre du poids en course signale qu'on boit trop : 450 à 750ml par heure suffisent.

La nuit : chaud, salé, dix minutes allongé

De la cinquième boucle, à 19h, à la dix-septième, à 7h, la course se joue dans le noir et dans le froid de novembre. Trois réflexes à l'arrêt, dans cet ordre.

Une boisson chaude d'abord. Une boisson à 52°C coupe le frisson en moins d'une minute, pour une dizaine de minutes : juste la durée de la pause. Une soupe salée fait d'une pierre deux coups, chaleur et sodium, au moment où le sucré lasse. La boisson d'hydratation, 10kcal et 0,88g de sel par bidon, dépanne les boucles où l'estomac refuse le sucre : on garde le sel et l'eau, on reprend les glucides au tour suivant.

La caféine en microdoses, pas en bombe. La position de 2019 sur l'ultramarathon écarte les grosses prises de 4 à 6mg par kilo et retient des doses répétées de l'ordre de 50mg par heure, réservées à la nuit. Le gel Citron gingembre guarana apporte exactement 50mg ; une boucle sur deux à partir du moment où les yeux piquent, jamais avant, et le gel Café à 100mg se garde pour les trois dernières boucles. Dix boucles de nuit à 50mg feraient déjà 500mg : d'où la boucle sur deux. Ses effets et ses limites sont détaillés dans cet article.

Boîte multi-parfums de 24 gels énergétiques Mulebar

24 gels pour 25 boucles

Boîte multi-parfums de 24 gels énergétiques

5 Cerise et 5 Pomme pour les premières boucles, 4 Caramel salé pour le milieu, 5 Citron gingembre guarana (50mg de caféine) pour la nuit, 5 Café (100mg) pour la fin.

Découvrir la boîte →

La sieste de dix minutes, réveil cinq minutes avant la cloche. Après une nuit courte, la sieste de dix minutes est la plus récupératrice et la seule sans inertie ; celle de trente minutes coûte 35 minutes de brouillard. Une astuce validée chez les conducteurs somnolents : de la caféine juste avant une sieste de moins de quinze minutes, elle agit au réveil ; sur une backyard, un gel caféiné avant de s'allonger.

Ce que votre prochaine sortie longue en retient

Peu d'entre vous prendront le départ d'une backyard. Mais la logique de la ration par unité de temps vaut partout. Sur route, le marathonien qui prend son gel en trois fois lisse déjà sa glycémie comme le coureur de backyard lisse ses boucles. En trail, la pause au ravitaillement est une mini-pause de backyard : s'asseoir deux minutes, boire chaud, manger solide, repartir. À vélo, la sortie de cinq heures se découpe en heures, une barre ou un bidon par heure, et c'est ce découpage que l'app diagnostic calcule pour vous en deux minutes. En triathlon, le vélo joue le rôle de la pause : c'est là qu'on mange pour la course à pied qui suit.

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On ne lâche rien parce qu'on sait pourquoi on court, et aux 25 heures qui courent, cent personnes le savent pour des enfants qu'elles ne connaissent pas.

Samedi vers 16h, la dernière cloche sonnera dans un coin secret des Pyrénées-Orientales. Il restera un coureur, peut-être plusieurs, et cent estomacs qui auront chacun raconté leur propre course, une heure à la fois.

Sources

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une backyard ultra ?

Une course en boucles de 6,706km, avec un départ chaque heure. Qui ne termine pas sa boucle dans l'heure, ou n'est pas dans le sas au départ suivant, est éliminé. Le vainqueur est le dernier à terminer une boucle seul ; tous les autres sont classés abandon.

Quelle est la différence entre les 25 heures qui courent et une backyard classique ?

Trois différences : une boucle raccourcie (5,7km et 150m de dénivelé positif selon le briefing relayé par la presse, le site officiel affichant 6,706km), une course qui s'arrête au bout de 25 heures au lieu de continuer sans limite, et un plateau qui mélange 50 athlètes et créateurs avec 50 membres de la communauté de Clemquicourt.

Où regarder les 25 heures qui courent en direct ?

Sur la chaîne Twitch de Clemquicourt (twitch.tv/clemquicourt), en direct du vendredi 6 novembre 13h59 à la fin de la course. Le site officiel les25hquicourent.fr suit la course boucle par boucle dans son Race Center, et Stadion comme u-Trail tiennent un live écrit.

Combien faut-il manger pendant une backyard ?

Entre 30 et 50g de glucides par heure et 150 à 400kcal, selon la position de la Société internationale de nutrition sportive sur l'ultramarathon. Un repère simple : 40 à 50g par boucle, la moitié en liquide ou en gel pendant la boucle, la moitié en solide léger à l'arrêt.

Faut-il manger solide ou liquide sur une backyard ?

Les deux, au bon moment. Le liquide pendant la boucle, le solide léger à l'arrêt, quand l'estomac se vide à son rythme de repos. Le gras et les fibres se gardent pour après la course, et la nuit le liquide reprend le dessus car les solides se digèrent plus lentement.

Peut-on dormir pendant une backyard ?

Oui, par tranches. La sieste de dix minutes est la plus efficace sans inertie au réveil ; au-delà de vingt minutes, le brouillard au réveil dure environ 35 minutes. Les meilleurs courent leurs boucles de nuit plus vite pour s'allonger dix à quinze minutes, réveil cinq minutes avant la cloche.

Quelle dose de caféine la nuit sur un ultra ?

Des microdoses répétées, environ 50mg par heure et réservées à la nuit, plutôt qu'une grosse prise. Un gel à 50mg de caféine une boucle sur deux à partir du moment où la somnolence arrive, et un gel à 100mg pour les dernières boucles.

Comment éviter le froid à l'arrêt la nuit ?

Se couvrir dès la ligne franchie, boire chaud en premier (une boisson à 52°C coupe le frisson en moins d'une minute, pendant une dizaine de minutes) et continuer à manger : un manque de sucre dans le sang coupe le frisson, la première défense du corps contre le froid.